Pourquoi j’écoute encore « The morning papers » de Prince

Sur l’album datant de 1992 « Signes », ce morceau « Morning Papers » avec lequel, entre autres, j’ai appris l’anglais.

A cette époque, j’étais en fin de collège, en 3è. C’était vraiment pas gai le collège.

A des millions de kilomètres de chez moi, pas de bus pour me déplacer. Encore moins de vélo ni évidemment pas de mobylettes (le scooter étant la mercedes de la mob apparue chez les princes et princesses un peu plus tard).

A cette époque du collège où je ne rêvais que de faire du théatre, pour ensuite faire du cinéma, après avoir abandonné le rêve d’être danseuse étoile, j’étais en cours avec des gens qui rêvaient d’aller à la cafèt du Leclerc le samedi après-midi.

J’étais bien seule avec ma copine et on se lamentait en écoutant Lenny Kravitz. J’étais la seule à écouter Prince avec mes chaussettes bleues Gap.

Le soir dans ma chambre pendant que les autres rigolaient entre eux en boum en n’écoutant pas la même musique que moi, moi j’écrivais à mon bureau avec vue sur le jardin gelé qui ne servait à rien.

Et je rêvais mon futur. Je mettais en place le plan de sortie. Le « escape plan » qui me permettrait très vite de me casser et de réaliser les rêves que personne n’arriverait à me couper sous le pied.

Pas faire le mur non. Pas prendre de la drogue non plus car je savais qu’il fallait que je sois en forme pour vivre mes rêves. Pas faire ces trucs d’ado rebelle non. Je n’avais pas le luxe pour ça. Si je sombrais, personne ne serait venu me chercher. Je savais qu’un jour, je réécouterais cette chanson et cet album de Prince, une fois adulte et que j’aurais réussi mon départ.

Au lieu d’avoir des amis, je me projetais dans le futur. Qui ne ressemblait à l’époque qu’à un vaste grand trou noir. Je n’avais pas le langage ni les codes pour paraitre normal en société. Pour me fondre dans  la masse.  Je ne connaissais même pas les filiales auxquelles j’avais droit en fin de lycée. Mais ma petite voix me susurrait tous les jours à l’oreille : ‘ne t’inquiète pas, n’oublie jamais tes rêves et tu vas en chier mais le chemin va être extraordinaire ». Ces petites voix ce sont mes frères et soeurs, mais aussi Prince entre autre, avec ses con de « morning papers » et sa « blue light ».

Quand je dois aujourd’hui écrire, je dois absolument me remettre dans cette configuration de l’adolescente aux Converse rose toujours délurée mais toujours bien seule.

Aujourd’hui, c’est comme si je faisais un check à celle qui savait qu’un jour elle prendrait un thé machin venu de je ne sais où dans un hotel avec quelques étoiles, tout ça pour écrire, dans une ville pas en France avec des amis et des partenaires ayant, finalement, vécu un chemin assez similaire. On se check tous autant qu’on est. Personne ne vit franchement au même endroit. Mais chacun sait prendre un avion pour se retrouver, ici ou ailleurs. Pour travailler ensemble. Sur les mêmes valeurs.

La disruption.

Alors quand je pense que Prince est mort, j’ai vraiment les boules car je rêvais d’un jour checker avec lui dans un bel hotel comme celui-la.

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Paris-Barcelona 1 an plus tard.

Mon premier cours d’espagnol.

Première leçon.
Premier attentat.

Pas du tout les mêmes réactions qu’à Paris.

De nouvelles rencontres.

Un chapitre bilan et perspectives.

Des rencontres en finandais, en anglais, en français et en catalan dorénavant aussi.

Un référendum.

Et sinon, les mêmes peurs que ce 13 novembre. Sans BFM cette fois-ci et sans les petits cons de bobo pour minimiser la tuerie.

Sauf qu’aujourd’hui, no tinc por. Enfin.

 

 

La voisine

J’ai déjà parlé de la voisine qui hurle quand elle baise (qui simule à mon avis parce qu’il n’y a que yo*po*qui propose des nanas comme ça, mais bon, c’est un autre débat)

Sauf que cette après-midi, au lieu d’aller chercher les enfants à l’école en plein milieu d’après-midi, on a pu travailler. Enregistrer un truc, avec un micro, pas du tout sexuel d’ailleurs.

Et cette connasse s’est mise à simuler encore (à baiser pardon)

Alors tout l’immeuble à pu entendre, écouter pardon, grace à ma super enceinte nomade Boz au son digital haute définition qui s’est mise alors à gueuler : fontaine de lait de Camille. J’espère qu’un peu de subtilité aura aidé notre actrice porno à se dire qu’elle pourrait peut-être fermer la fenêtre parce qu’entre amour, sex et intimité, il y a un truc qui s’appelle exhibition et qui m’empêche de travailler.

Pour une fois qu’on a des journées de 12 heures sans interruption.

ps : à propos de la voisine, c’est ici.

Barcelona – Juillet 2017

Elle avait commencé la fin de la journée avec une caÑA vers l’arc de triomf. (elle ne sait pas écrire les N tilde en minuscule)

Puis un mojito local à la Barceloneta.

Ensuite un petit Vermouth. Barcelone putain. Chez ses amis

Puis un (ou plus) verre de Cava.

Pour finir sur un petit rosé piscine de parisien. Enfin Paris. Paris Paris que je t’aime.

Ado, elle s’était jurée que jamais elle n’autoriserait un jour son corps se laisser guider par les méandres de l’alcool. C’est en descendant l’escalier depuis l’étage « principal » si typique de Barcelone qu’elle comprit que entre elle et Maupassant ce n’était même pas la peine d’essayer de gagner la partie. Mais que surtout, jamais, oh grand jamais elle ne serait à la hauteur de ses promesses d’ado.

En remontant la rue Magdalena, elle fit la course avec un cafard qui tentait de la doubler au niveau de la cathédrale. Arrivés sur Via Laetana elle s’est souvenue qu’il suffisait de l’écraser afin que toute compétition soit à jamais rendue caduque.
Puis elle se rappela : avant, elle rentrait, le samedi soir, à pied, à Bastille, par le boulevard Saint Antoine dont elle a déjà oublié le nom exact. Il y avait là une histoire de faubourg là dessous. Elle rentrait de Sacha Waltz qu’elle venait de découvrir au théatre de la ville. Elle avait les yeux encore plein d’étoiles. Elle se disait que vraiment la danse, cet art complet n’a rien à voir avec l’art plastique. Elle pensait que Picasso était encore vivant, elle vivait dans l’illusion d’une époque révolue qui oscille entre celle de l’entre deux guerres et celle des années 80 quand on était jeunes ou juste enfants mais quand vraiment hein, c’était la Factory et pas son simulacre.

Elle avait 30 ans, 35 ans, enceinte ou pas. Elle vivait à Paris. Le centre du monde. Elle savait que cela ne durerait pas. Que Wim Wandekeybus ne ferait pas forcément pas toujours partie de ses samedis soirs.

Et là, ce soir elle fait la course avec un cafard géant, qui, quand il ne mange pas de la pastèque, est déjà écrasé sous le pied d’un touriste. La cathédrale dort de ses selfies, le Gothico et le Born et le Raval et la Ribeiro ou je ne sais quoi sont enfin endormis. Un peu d’air frais vient rafraichir les idées. Son cul est encore et toujours entre deux chaises.

« J’irai danser au bord d’un lac et je ferai peur aux canards sauvages » dit Camille la chanteuse qu’on aime détester.

Mais qui lui rappelle la France et son exception culturelle.

Si on pouvait cumuler la perfection artistique française et l’art de vivre à la Barcelonaise, ce serait la résurrection de l’époque dont elle rêvait, avant.

 

Un appel au secours

Une dernière, une autre, une de plus, injonction d’une génitrice à sa fille, l’enfant qu’elle a mise au monde, celle qui l’a fait naître, un jour, c’était juste après ce fameux été 76 de la canicule dont certains parlent encore. Une phrase, un uppercut en plein coeur, direct dans le plexus, le poids des mots comme disait ce journal cheap à scandales. Ceux dont on ne revenait pas il y a quelques années, qui l’a mise à terre 48 heures bien pleines, bien rondes, bien cassées, bien douloureuses.

Le vomir ici, pour laisser cette ignominie venant de nulle part, sauf de sa bouche dévastatrice, odieuse, laide et nauséabonde s’évaporer dans les alcools de la haine, la sienne, incompréhensible, muée par la folie, celle dont on ne revient jamais, celle qu’on décèle trop tard, une fois les blessures et les stigmates constatées.

Ecrire, photographier le réèl pour ne jamais y sombrer, dans la folie. La sienne.

« tu es atroce et tu pourris la vie de ton mari et de tes enfants ».

Tombée du ciel. Tombée à terre.

Et pardonner.

La vie à Barcelone – un détail –

Nous sommes en Catalogne, certes.

Mais surtout (ou « aussi malheureusement » pour certains, ça dépend, bon), en Espagne.

L’Espagne et ses clichés, qui, je peux te le dire, n’en sont pas.

Celui dont je parle ici là maintenant, alors qu’il fait 45 degrès dès 9 heures du matin, (personne ne pense ici que la canicule en Espagne est un cliché), est celui auquel on a affaire, dans, par exemple, une télécabine au ski, un bus en ville ou encore un train la nuit etc.
Les espagnols parlent fort.
Qui a dit ça ?

Ma fille, maintenant, quand elle parle, elle hurle. Sinon on ne l’entend pas. Quand j’accompagne les enfants à une sortie scolaire, en plus de la chaleur, il y a les cris. J’ai mis 2 jours à m’en remettre.

Mais tu vois, nous sommes à Barcelone. Ce qui pourrait définir cette ville, ce ne sont juste que quelques mots : « mas o menos » et « si proche si loin ». C’est à dire que j’ai toujours mon sac Monop pour faire mes courses, je croise des filles avec des sacs estampillé d’un festival dans le 11è à Paris (et là je pleure), je parle français toute la journée (ça, ça va changer), je parle de musées français et je vais à la plage. Bon, à priori, Barcelone serait Paris, sans les inconvénients. Si proche quoi.

Le cliché dont je parle ici est certes un inconvénient et, en même temps, la preuve même de ce « si loin » car les mentalités n’ont rien à voir avec celles du 11è. C’est ce qui fait qu’on se retrouve avec des coupes de cheveux d’une autre planète, et donc c’est un peu déroutant car ces voyages spatio-capillaires sont vraiment étonnants. Puis, d’un coup je me dis, han mais ça fait tellement de bien ces différences. Sortons de chez nous bordel. Toi qui te croyais si ouverte d’esprit (enfin moi qui me croyais quoi…)

Voici :

Il fait chaud, mais vraiment. Les fenêtres sont donc ouvertes.

Comme à Paris : cour intérieure, voisins bruyants. Et quand je parle de voisins bruyants je veux ici parler de ce couple qui fait l’amour au moins une fois par jour et une fois par nuit. Elle, je me demande comment elle fait Je pensais qu’on entendait ça seulement sur youp**n ou autre.

Il y a aussi ces gens qui font la fête, la musique pourrie qu’ils écoutent, les rires, les tintements de verre. Toi tu veux dormir mais tu ne peux pas, alors tu écoutes le spectacle.

Ils font l’amour violemment. Tu te mets à imaginer la position dans laquelle ils sont pour que ce soit si sauvage. Puis les autres qui boivent leur cava comme si de rien n’était.
Une des premières fois que c’est arrivé, la parisienne (moi) a gueulé « cerra les ventanas por favor, hay ninos putain de bordel de merde ». Avec l’accent de la parisienne.

Mais voilà. Personne d’autre ne dit ‘ »ça suffit oui ?!!! » « mais ta gueule salope » ou bien « oh ils m’ont épuisé ces cons-là ».

Ni en anglais, ni en espagnol ni en catalan. Personne ne dit rien.

Et hier soir, apothéose, l’orgasme du couple a été carrément applaudi par tout l’immeuble.

Voilà, moi les bras m’en tombent.

C’est ce qui vient également illustrer le « si loin ».  A tous points de vue, la détente des gens est au moins aussi désopilante (mais tellement agréable, belle, suave, douce et remet en question toute ta vie) que leur coupe de cheveux. Au point de vue de ce couple qui ne ferme jamais la fenêtre, des autres que ça ne dérange pas, des gens qui font la queue avec le sourire, de la patience des gens quand mon fils marche sur leur serviette, de ce gars qui vient s’allonger sur la plage pile à coté de nous. De « no pasa nada », de « es lo que hay ». De quand tu cherches ta monnaie, le gars à la caisse te dit nan mais c’est bon ça va gracias hasta luego. Ah bon ? Il manque 1 euros quand même.

Nous les européens du Nord, on n’a pas les gênes pour ça.

Et nous les européens du Nord qui vivons ici, on s’y fait. Mas o menos quoi. Mais ça détend. Le sable dans les cheveux des enfants, les cafards géants, les chiens qui pissent partout, les odeurs d’égouts, les voitures et leurs 6 voies, la musique sur la plage. La musique sur la plage, ça c’est hallucinant. Et les gens qui se mettent à danser la samba car un cubain donne un cours improvisé au Mojito. Les odeurs d’herbe aussi.

Et les sourires, les mains dans les cheveux des enfants, les bocadillo, les bon dia, les refugees welcome, la patience, mais surtout, leurs sourires.

Le soleil.

La difference acceptée. Une ouverture d’esprit aussi désopilante que leur besoin d’indépendance.

Une façon de vivre qui est celle que je cherchais depuis longtemps.

En plus Paris n’est qu’à 1h30 d’avion.

ps : du coup j’écoute France Inter et l’album de Camille en boucle à donf toutes fenêtres ouvertes. Merde alors. L’exception française tu vas la bouffer cher(s) voisin(s)

 

Catherine Deneuve

L’actrice préférée de ma fille de 9 ans déjà c’est les demoiselles de Rochefort.

 

Avant la fin du monde

©VirginieMarielle Making Of shooting.

J’ai découvert le mot « mindset » il n’y a pas très longtemps comparé à mon grand age.

J’en ai très vite compris le sens.

Je ne dis pas que Paris ne me manque pas.

Je ne dis pas que le look des barcelonais ne me rappelle pas les années 90 et mes longues années aux Beaux-Arts.

En revanche, je dis que depuis que j’ai changé de mindset, passant du « mes rêves se sont envolés » à « cassons-nous d’ici », chaque jour augure des crépuscules un tout petit plus excitants, accomplis que « Paris for Ever ». Une vie un tout petit peu plus riche, à l’horizon plus grand, plus loin et plus large aussi, trilingue, une vie sportive et ensoleillée. Et joyeuse. Emplies de gens qui disent bonjour, de soins holistiques et de projets à profusion.

De voyages et d’envies.

Le désir est revenu.

Et ma fille va avoir 9 ans.

Neuf ans.

NEUF ANS.

Et Viva Arte Viva.

 

 

 

Joyeux Anniversaire Laura

San Francisco

1999

Pine Street (j’habitais réellement Pine Street, juste à côté de la Coït Tower et de Fella Place)

Notre roomate a 26 ans aujourd’hui.
Je la trouve vieille. Tellement vieille la pauvre. J’en suis désespérée pour elle.

Je la trouve si loin de moi, de ma vie, mes envies, mes rêves. J’ai 22 ans et je travaille 27 heures par semaine au Financiel Aid du campus de SF. Le reste du temps je suis à Oakland, je prends le BART de 7h23 le matin, je rentre le soir vers 22h. Je travaille même avec Fabrice Hyber invité par mon école pour faire une expo.

Mais j’aime beaucoup cette Laura, et son accent, ses mimiques et ses minauderies qui ne vont plus avec son age.

On partage avec mon ami une chambre rose dans cette maison rose avec je ne sais plus combien d’autres personnes.

Laura sort avec Tim. Il est Suédois. Elle sort aussi avec Lisa, et un autre gars.

ça dépend des jours.

Il n’y a jamais la même paire de chaussures devant sa chambre mais tous les propriétaires de ces chaussures sont absolument et totalement sous le choc du scandale Bill Clinton.

La déchéance du peuple américain n’a pas encore totalement vraiment commencé, à mes yeux. Mais ma désillusion quant à son cas est sans appel et sans retour : je ne ferai finalement jamais ma demande de green card.

Bref, ce soir-là on fête l’anniversaire de Laura. On a préparé un de ces fameux plats succulents qui pouvaient se partager à nous tous. Je ne sais plus combien nous sommes. J’ai un peu l’impression d’être la spectatrice de tout ça. Je découvre à la bibliothèque du campus le travail de Pierre Huyghe dans le magazine « Parachute ». Je travaillerai un jour avec lui. C’est décidé.

On chante Happy Birthday.

Tim est là. Un gars du Kansas aussi. Il est fier de nourrir son pays avec son maïs. Je n’avais jamais entendu un truc aussi con de toute ma vie. Il y a aussi ce Basque, qui n’est ni français, ni espagnol. Juste Basque. Et puis il y en a d’autres dont j’ai oublié les prénoms mais gardé les photos. Un autre du Wisconsin. Puis les copains de Tim. Tous des grands bucherons qui font une école de commerce.

Moi comme d’habitude, je ne fréquente aucun artiste, ni personne de mon école d’art.

A part Renaud qui rigole bien avec Tim et ses chemises à carreaux.

Tim est donc suédois. Il repartira un jour en Suède.

Ce soir, 7 avril 2017 je suis contente de voir sur Facebook que Tim est en sécurité.

Il n’a pas été tué. Comme je n’ai pas été tuée le 13 novembre. Comme Yann n’a pas été tué le 14 juillet dernier. Je crois que ma cousine ne vit pas trop à Londres en ce moment donc j’aurais pu continuer la liste.

Qui aurait pu imaginer, ce soir d’avril 1999, au milieu des rires d’étudiants, ses lasagnes et ses coucheries, que 18 ans plus tard, nous serions au coeur d’un monde terrorisé par des pauvres merdes en bagnole.

 

 

l’An 2000

On a tous calculé l’age qu’on aurait en l’An 2000 (enfin ceux nés dans les années 70-80)

Moi j’aurai 24 ans mais qu’en octobre. Ce qui signifie que j’ai eu 23 ans pendant 10 mois.

Les gars qui avaient 30 ans en ont aujourd’hui 47.

Déjà 17 ans.

Et parfois je me demande ce qui s’est passé en dix-sept ans.
(à part 2 enfants, un mari, 12 nouvelles vies, 50 métiers, des cartons et beaucoup de valises)

 

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